Tuesday, February 14, 2017

Homélie du lundi, 13 février 2017– de la férie

Lundi de la 6ème semaine du temps ordinaire

Lectures du jour: Genèse 4:1-15, 25; Psaume 49 (50):1, 5a, 7ac-8, 16bc-17, 20-21abc; Marc 8:11-13

Que peut-on dire à propos de la honte ? C’est un sentiment fort, la honte. Je ne sais pas si, dans notre société, on connaît la honte de même que dans certaines sociétés d’autrefois (surtout de l’époque biblique) et quelques sociétés d’aujourd’hui dans lesquelles notre honneur vient du respect des normes sociales, mais on peut être ostracisés, couverts de honte si jamais on agit contre ces normes.

On reconnaît peut-être aujourd’hui une forme de honte. Y a-t-il parmi nous quelques (ou plusieurs) personnes qui ont déjà ressenti la honte pour un péché qu’on a commis ? Cette honte nous ronge intérieurement. On se sent peut-être indigne de la miséricorde de Dieu ; de recevoir les sacrements : la communion ou même la réconciliation. De cette manière, la honte peut nous faire obstacle à une relation plus forte avec Dieu. Il nous faut souvent, je crois, l’invitation qui nous a exprimé déjà plusieurs fois le Pape François : « Dieu ne se lasse jamais de nous pardonner. Ce sont nous qui nous lassons de demander pardon ».

C’est cette honte, le fait de se lasser de demander le pardon, qui est la situation de Caïn dans notre lecture aujourd’hui de la Genèse après qu’il tue son frère Abel et qu’il se rend compte du tort qu’il a fait. Bien sûr, Caïn vit et maîtrise mal plusieurs émotions, avant et après son meurtre d’Abel. Caïn est jaloux que Dieu accepte le don d’Abel et non son don de ces récoltes. Cette jalousie lui amène à tuer son frère et, après avoir tué Abel, Caïn ne ressent ni immédatement la honte ni la tristesse.

Seulement après que Dieu le convainc de la gravité de son péché, Caïn commence à ressentir la honte. Nous venons d’écouter ce qu’il dit à Dieu à ce point : « Je dois me cacher loin de toi ». Caïn veut se cacher de Dieu parce qu’il a honte, mais là Dieu lui fait preuve de son pardon et de son soin par amour pour lui. L’amour de Dieu, pour Caïn comme pour nous, ne s’éfface pas par notre péché, peu importe sa gravité.

Comme Dieu fait avec Caïn, il le convainc de son péché non pour qu’il demeure dans la honte, mais pour qu’il puisse ressentir la tristesse pour son péché. Nos péchés et le péché du monde nous attristent quand nous y sommes conscients parce que notre conscience nous rappelle de la distance entre nous, en état de péché, et Dieu. En revanche cette tristesse, et non la honte, peut nous conduire au pardon.

À mon avis, c’est ce que Dieu apprend à Caïn, quand il lui répond, « Si quelqu’un tue Caïn, Caïn sera vengé sept fois ». N’ayez pas peur, dit notre Dieu. Même s’il faut que nous vivions avec les effets de nos péchés dans ce monde, nous sommes pardonnés, protégés, aimés. Autrement dit, « Dieu ne se lasse jamais de nous pardonner ». C’est à nous de ne pas nous lasser, ne pas nous abandonner à la honte, et de demander le pardon que Dieu nous offre gratuitement par amour.

Sunday, January 15, 2017

Homélie du samedi, 14 janvier 2017– de la férie

Samedi de la 1ère semaine du temps ordinaire

Mémoire de Notre-Dame

Lectures du jour: Hébreux 4:12-16; Psaume 18B (19): 8, 9, 10, 15;  Marc 2: 13-17

Avec qui aimerions-nous manger, vivant(e) actuellement ou non? Peut-être nous aimerions manger avec une personne célèbre: un saint, le pape, ou bien nos meilleurs amis, ou un scientifique ou inventeur connu, un politicien ou autre personnage public peut-être…

Quand j’étais novice, c’est-à-dire vers le début de ma formation pour devenir Basilien et prêtre, si jamais je me mettais à critiquer un personnage public avec qui je n’étais pas d’accord, mon directeur de novices disait, à la fois pour me poser un défi mais avec de l’humour, «Cette personne que tu critiques, ne voudrais-tu pas un jour déjeuner avec lui (ou avec elle)»? La plupart de ces instants où le directeur de novices me posait cette question, j’aurai aimé bien sûr déjeuner avec la personne dont on parlait, même si je n’étais pas d’accord avec cette personne sur quelques points.

N’est-ce pas similaire au point ou à la question centrale posée par notre Évangile d’aujourd’hui, de saint Marc: Avec qui aimerions nous manger? Sauf que Jésus ne s’intéresse pas en premier lieu à manger avec les personnes célèbres, les autorités de son temps, «les scribes… des pharisiens». Ils sont invités, bien sûr, parce que quand Jésus mange, tout le monde est invité à manger avec lui. Mais Jésus s’intéresse en premier au rejeté de sa société, «Lévi, fils d’Alphée». Lévi est rejeté pour une bonne raison, semble-t-il: Il est un collecteur d’impôts, alors il est reprouvé comme un traitre à son peuple juif, l’un des plus grands pécheurs, qui soutient l’oppresseur romain en collectant des impôts pour les envoyer aux Romains.

Mais Jésus veut manger avec Lévi. Jésus veut manger avec nous, pécheurs que nous sommes. Nous savons depuis notre première lecture, de la lettre aux Hébreux, que «la parole de Dieu» est «énergique et plus coupante qu’une épée à deux tranchants». Cette parole de Dieu, dit notre Psaume, «redonne vie». Eh bien, aujourd’hui la parole de Dieu, toujours «coupante» et vivifiante, s’addresse à chacun et à chacune de nous: «Suis-moi»; «je veux déjeuner avec vous».

Cette parole de Dieu, l’invitation de Jésus de le suivre; de manger avec lui, risque de scandaliser certaines personnes. Pour augmenter encore le scandale possible, Jésus ne veut pas seulement manger avec nous comme parfois nous serons intéressés à déjeuner avec quelqu’un de célèbre. Non, il se donne entièrement à nous; il devient notre nourriture ici-même sous forme de pain et de vin! Plusieurs seront détournés par ce fait, profondément scandalisés, commençant par ceux qui sont «nombreux à… suivre» Jésus mais, en réalité, ont seulement l’apparence de le suivre.

Ce Jésus qui nous invite à manger avec lui, «Suis-moi», et qui devient notre nourriture pour cette célébration qui nous sauve, nous pose d’abord une question assez «coupante», voire scandaleuse pour certaines personnes: Avec qui aimerions-nous manger, sinon avec celui qui n’est «pas venu appeler des justes, mais des pécheurs»?

Saturday, December 24, 2016

Homily for Sunday, 25 December 2016– Nativity of the Lord

Readings of the day (for Christmas Mass at Night): Isaiah 9:1-6; Psalm 96:1-2, 2-3, 11-12, 13; Titus 2:11-14; Luke 2:1-14

This homily was given at Our Lady of Perpetual Help Parish, Sherwood Park, AB, Canada.

A little over two thousand years ago, Caesar Augustus was emperor of Rome. “Quirinius,” we hear today from Luke’s Gospel, “was governor of Syria.” Would this not have been a terrifying world in which to be born; in which to raise a family; in which to live?

I invite us to imagine the world of the time, under the so-called “pax Romana,” the peace of Rome. This peace of Rome was a false peace; a peace gained in large part by suppression and oppression. The peace imposed by those in power, by the likes of Augustus and Quirinius, was a peace dependent on the greater political and military might of Rome over its enemies. And anybody who challenged this rule by might could find their well-being and even their lives in danger.

In this world governed by the “peace of Rome,” in a remote corner of the Roman Empire, the village of Nazareth in Roman Palestine, there lived a faithful, humble, quiet Jewish couple, Mary and Joseph. And do we not know how the story unfolds from there? Mary, “engaged” to Joseph, finds herself “expecting a child.” This child, revealed by “an Angel of the Lord” to “shepherds living in the fields” and now to us as the “Saviour, who is Christ the Lord,” would bring to this world a long-awaited peace, not the “peace of Rome” but peace that can only be from God.

This child of Mary and Joseph, the Son of God, Jesus Christ, whose birth we remember and celebrate today, made the prophecy of Isaiah a reality: “For a child has been born to us, a son given to us; authority rests upon his shoulders; and he is named Wonderful Counsellor, Mighty God, Everlasting Father, Prince of Peace.” And yet if we go back to the time of Isaiah, his prophecy we hear in our celebration today is all the more remarkable because Isaiah spoke it in a world that was anything but at peace.

The world and nation of Israel in which Isaiah lived and prophesied were a world and a nation obsessed with peace, security, and authority, but only for an elite minority of the people. On the surface, all was well in Israel of Isaiah’s time, a nation at its most prosperous; its most powerful. But Isaiah says to the elites, the kings and rulers of Israel, that all their wealth; that all their prosperity; that the peace of the nation is fickle and superficial so long as it remains concentrated in the hands of a few. Israel will be brought low, its people exiled. Only then will true prosperity, true justice, true authority, and true peace be able to take root and flourish in Israel and in the world. This prosperity; this justice; this authority; this peace will uphold the dignity of the least well-off. Nobody will be in need.

Returning to Jesus’ time, we hear from Luke’s Gospel that, sadly, not much has changed from the time of Isaiah. The names of Israel’s and the world’s rulers have changed, but the fickle and superficial peace of the end of the line of Israel’s kings had become the fickle and superficial peace of Rome, hinging as ever on the worldly might and wealth of a few.

Into this world “is born this day in the city of David [our] Saviour, who is Christ, the Lord.” Into this world of fickle and superficial peace is born, in a manger of all places, our “Wonderful Counsellor, Mighty God, Everlasting Father, Prince of Peace.” This reality might raise for us some questions: First, why would God choose to be born into this world as a helpless and vulnerable baby in a manger? If this Jesus were truly the one Isaiah foretold, “Wonderful Counsellor, Mighty God, Everlasting Father, Prince of Peace,” why did he not impose God’s true peace on our world? Instead, Jesus would die broken and shamed, helpless and vulnerable on a cross! Why?

We might answer questions like these (rightly) by saying that God’s way is a way of mercy, not one of imposing but of inviting us and remaining with us on this long journey toward the peace God has willed for our world since its creation. But if this is so, then clearly God is more patient with our world than I am and I anticipate many of us are. God sees, I imagine, a broken world and yet a world never beyond the reach of true peace; of redemption; of salvation. This is why God sent his only Son into this world, and why God promises that Christ will return to this world at the end of time to complete God’s work of redeeming and saving this world. But then what is worth redeeming and saving in this world?

The answer to this question is right here among us. My sisters and brothers in Christ, moments ago we heard from the letter to Titus that “he it is,” our God, “who gave himself for us that he might redeem us from all iniquity and purify for himself a people of his own who are zealous for good deeds.” Are we not, then, “a people of [God’s] own who are zealous for good deeds”? If we were not, I do not think we would be here. If we were not “a people of [God’s] own who are zealous for good deeds,” there would be no Church; no Christian faith; nobody to worship and to celebrate our memory as a community of faith of Christ’s birth and our waiting for his return. And our world would be poorer for it.

And so where does our zeal “for good deeds” leave us? At the end of this Mass, I will send us forth with the Church’s blessing, inviting us to “go in the peace of Christ.” We will “go in the peace of Christ” into a dark winter’s night; into a world with many people who still “walk in darkness”; a world of families; of human relationships; of entire nations deeply immersed in the “land of deep darkness” of which the prophet Isaiah once spoke. And too often “deep darkness” is masked by a fickle and superficial peace: A peace that may be the mere absence of war; peace that is at best the temporary respite of tens of millions in our world displaced from their homelands by war and persecution; so-called peace that denies countless people basic human rights, beginning with the fundamental right to life from conception to natural death; peace that is, not far beneath the surface, gossip, passive aggression, and silence that block paths to truth and reconciliation. This is false peace, not the “peace of Christ” in which God and the Church invite us to “go forth” from this celebration.

No longer is Caesar Augustus emperor. No longer is “Quirinius… governor of Syria.” In their place today are far more murderous leaders, if not a lack of leadership that breeds war, terrorism, and other forms of extremism, much of it happening in regions that are the cradle of our Christian faith, unchecked and even encouraged by more powerful nations. Yet still, through Isaiah, God promises us: “The people who walked in darkness have seen a great light; those who lived in a land of deep darkness‒ on them light has shone.” God promises us a redeeming and saving “authority” that “shall grow continually”; the authority of the one we call “Prince of Peace.”

God’s promise; God’s Word; God’s Christ; God’s true peace lives among us here and now. Our God respects our freedom too much to impose peace on us. And so, in freedom, God invites us to “go in the peace of Christ.” God invites us to go out willingly, to be the “great light” amid the sometimes “great darkness” of our world. God invites us to sense, to take “great joy” in the signs of God’s presence already in our world, and to be these signs by our zeal “for good deeds”; for words and deeds of kindness, of generosity, of justice, and of peace.


Today this longing and in places terrifying (and terrified) world celebrates the birth of its true peace. From Bethlehem, “the city of David,” to Sherwood Park to the world may we be a sign of our “Prince of Peace”; active, zealous signs of our “good news of great joy for all the people: To you,” to us, “is born this day… a Saviour, who is Christ the Lord.”  

Sunday, December 11, 2016

Homélie du lundi, 12 décembre 2016– de la férie

Lundi de la 3ième semaine de l’Avent

Mémoire facultative de Notre Dame de Guadalupe

Lectures du jour: Nombres 24:2-7, 15-17a; Psaume 24 (25):4-5ab, 6-7bc, 8-9; Matthieu 21:23-27

Mes frères et sœurs, l’Avent n’est-il pas le temps par excellence où nous commémorons et nous célébrons le fait d’être en route? Vers où sommes-nous en route? Nous sommes en route ensemble vers notre Dieu, mais aussi Dieu est en route vers nous. Dieu, qui nous a déjà rencontré il y a plus de deux mille ans dans une crèche à Bethléem, qui s’est fait homme pour nous sauver et qui nous a déjà guidé et rencontré à plusieurs autres reprises dans l’histoire,  nous rencontrera de nouveau et décisivement au deuxième avènement de Jésus-Christ.

C’est cela que nous commémorons et que nous célébrons durant ce temps de l’Avent. Nous prions avec le Psaumiste: «Seigneur, fais-moi connaître ta route». Nous reconnaissons que ce seront «les humbles» qui discerneront la bonne route, qui reconnaîtront l’enseignement de Dieu, mais aussi que Dieu est en route vers et avec nous. «Les humbles» reconnaissent la présence de Dieu déjà dans notre monde. Pour cela, «les humbles» dont le Psaumiste parle ne se découragent pas de la longue route et ne deviennent pas obsédés par la fin de la route.

Le livre des Nombres et l’Évangile de Saint Matthieu, desquels nous entendons aujourd'hui, nous parlent aussi du fait d’être en route vers notre Dieu bien que Dieu soit en route vers et avec nous. Nous entendons aujourd’hui du livre des Nombres, par contre, l’histoire d’un peuple, celui d’Israël, découragé par la longueur et la difficulté de leur route. Ils sont à la fin de l’Exode, de quarante ans dans le désert, et sont sur le point de rentrer chez-eux dans leur terre promise par Dieu. Mais la première génération, celle qui était sortie d’Égypte sous Moïse et Aaron, ne verra jamais cette terre promise; une deuxième génération sera celle qui rentrera en Israël.

En ce temps d’entre-générations, la nation d’Israël est très faible et aussi menacé par le royaume d’Amalek, représenté dans notre lecture aujourd'hui par son roi, Gog, qui envoie son prophète, Balak, rencontrer Balaam, «prophète païen» qui devient néanmoins le porte-parole de Dieu pour Israël. Balak anticipe que Balaam maudira Israël, mais il bénit Israël au lieu. Balaam donne à Israel la force, la bénédiction et la réassurance que Dieu est en route avec eux, qui leur sont nécessaires pour continuer vers leur terre promise et pour confier cette terre promise à leur prochaine génération.

Dans l’Évangile de Saint-Matthieu, l’Évangile du «Dieu-avec-nous», Emmanuel, «les grands prêtres et les anciens du peuple» manquent encore de la confiance que Dieu nous accompagne en route. Ils sont obsédés de signes concrets, par la fin de la route. Ces élites religieuses demandent donc à Jésus une preuve de son autorité, mais ils ont oublié les signes déjà reçus en cours de route du Dieu qui est toujours avec eux. Jésus ne peut alors rien faire de leur manque de confiance, et d’humilité: «Moi, je ne vous dis pas non plus par quelle autorité je fais cela».

Mes frères et sœurs, reconnaissons en particulier en cet Avent que, comme le peuple d’Israël ancien, nous sommes un peuple béni et choisi par Dieu, un peuple que Dieu accompagne en route jusqu’à la fin des temps. Et ne perdons alors ni l’humilité ni la confiance en notre Dieu que nous prions d’après le Psaumiste, «Seigneur, fais-moi connaître ta route»!

Wednesday, November 23, 2016

Souvenir de Sr. Jeanne d'Arc Brunelle, CSC, mardi, 22 novembre 2016– Words of Remembrance of Sr. Jeanne d'Arc Brunelle, CSC, Tuesday, 22 November 2016

Mon souvenir de ma grande-tante, Sr. Jeanne d'Arc Brunelle, CSC, donnée le mardi 22 novembre 2016, lors de la veille de ses funérailles au Pavillon Saint-Joseph, l'infirmerie des Sœurs de Sainte-Croix à Montréal (Québec), Canada

My words of remembrance of my great-aunt, Sr. Jeanne d'Arc Brunelle, CSC, given last evening, Tuesday, November 22, 2016, during the vigil prayer service at Pavillon Saint-Joseph, the infirmary of the Sisters of Holy Cross in Montreal, QC, Canada:

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Chères sœurs, religieuses de la Congrégation de Sainte-Croix, et aux membres de notre famille étendue qui sont présents dans l’Esprit : s’il vous plaît me laisser commencer cette petite réflexion sur la vie de notre Sœur, tante, et grande-tante Jeanne d’Arc Brunelle, aussi dite Sœur Marie-de-Saint-Roger-de-la-Croix, avec un mot de remerciement. Durant ces derniers jours de sa vie terrestre, vous avez bien reconforté, veillé sur, et prié pour notre Sr. Jeanne d’Arc. Étant le petit neveu de Jeanne d’Arc et doctorant actuellement à Paris, j’ai éte durant ces derniers jours en communication régulière avec la Sr. Lucie Germain, CSC, dont je suis particulièrement reconnaissant et qui a gardé notre famille au courant de Jeanne d'Arc au jour le jour.

About a week ago, my mother Carol Schmidt and uncle Roger Salt traveled from Edmonton, Alberta, to be with our Aunt Jeanne in the last days of her earthly life. Although neither Carol nor Roger are able to be with us in person today, they are with us in spirit and in prayer. While they were here at Pavillon Saint-Joseph, they were able to remember and celebrate the life of another family member and Holy Cross Sister of this community, Sr. Alberta Pilon, CSC, and to be with our relatives from Lafontaine, Ontario, the hometown of Srs. Jeanne and Alberta, all the way to Edmonton, at Sr. Alberta's funeral Mass.

Nous reconnaissons que ces derniers jours ont été difficiles, exceptionnellement même pour une communauté telle que celle-ci où l'âge, l'infirmité, et les décès sont des réalités quotidiennes. J’empathise avec, j’honore, et je partage votre tristesse par rapport au décès de la Sr. Jeanne d'Arc et après les plusieurs décès récents dans cette communauté du Pavillon Saint-Joseph, et je prie pour vous.

Mais, bien que nous soyons attristés, sœurs et frères, notre tristesse n’est-elle pas peut-être amoindrie en ayant connus la joie que notre chère Sr. Jeanne d’Arc a apportée à nos vies, notre communauté, nos familles, et notre monde? Aunt Jeanne’s life is all but impossible to sum up in one word, but if I were to try to capture her life, her spirit, and her example of religious life and Christian faith and love that is a model for us all, that word would be “joy.”

The first time I remember meeting Aunt Jeanne was when I was 12 years old. Aunt Jeanne lived at the time in the Holy Cross convent in Cornwall. I quickly became acquainted with Aunt Jeanne’s joyful and welcoming character, and with the place on the outside of the 2nd Street Cornwall convent house where group photos would be taken, always with somebody positioned to hide the large electrical outlet on the house from the camera exposure... Try as the Sisters of Holy Cross might to hide that electrical outlet, it was impossible for Aunt Jeanne to hide her joy and energy that I am convinced were from God more than from any human source or outlet!

La petite publication francophone de la région de Lafontaine et de la Baie Géorgienne, savons-nous peut-être, s’appelle « Le goût de vivre ». Notre sœur Jeanne d’Arc avait bien ce goût de vivre en abondance, et elle n'avait peur de rien ni de personne. Dans un monde qui paraît de plus en plus marqué par la peur, la division, la violence et l'exclusion, notre Sr. Jeanne fut naturellement un exemple jaillissant de foi, d'unité, d'espoir, de charité, d'humilité et surtout de joie. Toujours l’une de mes plus grandes inspirations dans la vie religieuse (je suis Basilien, bien que j'ais aussi dans l'âme un peu de Sainte-Croix), dans mon enseignement, mes études et mes voyages à travers le monde, la Sr. Jeanne a enseigné à Lafontaine et à Cornwall et plusieurs années durant ses « vacances » d’été, notamment dans quelques pays de l’Afrique [*Zaire at the time, now the Democratic Republic of the Congo, Upper Volta, now Burkina Faso, and Fiji in the South Pacific... En ce temps le Zaïre, actuellement la République démocratique du Congo, Upper Volta, actuellement le Burkina Faso, et le Fidji dans le Pacifique du Sud].

Quand je suis né, notre Sr. Jeanne avait vécu déjà presque la moitié de ses soixante-quatorze ans de vie religieuse. À l’âge où la plupart des personnes commencent à planifier leur retraite, Sr. Jeanne est partie enseigner dans un collège de filles en Haïti, pays à l'époque sous l'épouvantable dictateur Jean-Claude (Baby Doc) Duvalier. Ceci a profondément inquiété le père de Jeanne, Roger Brunelle. En plus, Sr. Jeanne et sa communauté cachaient en Haïti des dissidents contre Duvalier, et alors, de ce que je comprends, les sœurs de là ont dû être sorties d'Haïti parce qu'elles étaient menacées de mort aux mains des paramilitaires. Notre Sr. Jeanne n'a raconté cet histoire qu'à peu de personnes, même à sa famille et à d'autres religieuses de Sainte-Croix.

Si on n’aimait pas Sr. Jeanne d'Arc (je ne peux pas imaginer comment il serait possible de ne pas l'aimer), au moins on la respectait. À Cornwall,  jeune religieuse à l'époque, elle était respectée et même protégée par les gangsters qu'elle enseignait, avant et après qu'ils sachent qu’elle était une religieuse! Et, vers la fin de sa vie remarquable, rendue douleureuse par le cancer entre autres infirmités, Sr. Jeanne a humblement laissé derrière elle ces merveilleuses aventures pour habiter ici au Pavillon Saint-Joseph, où elle aida à soigner les Sœurs en pire état de santé qu’elle.

Aunt Jeanne was afraid of nothing and nobody, from the world’s worst dictators to the bikers who respected and even protected her, before and after they knew she was a sister, in a classroom in Cornwall! She was always among the first to welcome, as she did me, both on my way to (accompanied by Srs. Rachel Lavoie and Cécile Bouvier, CSC, of blessed memory) and back through Montreal on the bookends of my undergraduate exchange year in Lille, France, in 2001-2002. On my return from France, my flight was extremely late into Montreal. No matter, Aunt Jeanne waited joyfully and patiently for me, window shopping (but remaining faithful to her vow of poverty), for all of fifteen minutes of conversation and a quick coffee before I was to board my connecting flight.

Aunt Jeanne will be remembered as a messenger – dare I say, an apostle – of God's joy and lively Spirit. For all our extraordinary memories of our Sister and (great)-aunt, may we recognize above all that her life and example are God's work through her; God’s continued work through us, to bring us all to the eternal life we now pray Aunt Jeanne is inheriting. May she rest now in the peace of our merciful Lord, hearing the words promised by Christ himself in our Holy Scriptures: “Well done, good and faithful servant... Enter now into the Kingdom prepared by my Father.”

Que notre Sr. Jeanne d’Arc Brunelle repose en la paix de notre Seigneur miséricordieux. Qu'elle rejoigne là ses bien-aimé(e)s: Sa sœur, ma grand-mère Simone Salt (née Brunelle), son beau-frère Frank Salt, ses parents Alida (Desroches) et Roger Brunelle, sa cousine la Sr. Alberta Pilon, CSC, Saint André Bessette et le Bienheureux Basile Moreau, tous et toutes les sœurs, frères, et pères de Sainte-Croix. Et  que notre Sr. Jeanne d’Arc entende la promesse de vie et de joie éternelle de Jésus-Christ à ses fidèles dès notre sainte Écriture : « Très bien, serviteur bonne et fidèle... Entrez maintenant dans le Royaume préparé par mon Père ».

Monday, November 21, 2016

Homélie du lundi, 21 novembre 2016– Mémoire de la Présentation de la Vierge Marie

Lectures du jour: Zacharie 2:14-17; Cantique:  Luc 1:46b-47, 50-51, 52-53, 54-55; Matthieu 12: 46-50

Lundi de la 34e semaine du temps ordinaire

Cette homélie a été donnée à  la chapelle de la Maison-Mère de la Congrégation de la Mission (Lazaristes), Paris, France.

This homily was given at the Congregation of the Mission (Vincentian) Motherhouse chapel, Paris, France.

N’avons-nous pas raison de penser à la Vierge Marie comme femme appelée, comme femme avec une vocation? Aujourd’hui nous fêtons la mémoire de la Présentation de la Vierge Marie par ses parents, les saints Anne et Joachim, dans le Temple de Jérusalem. Et quand nous parlons de présentations à cette époque de nouvelles et nouveaux-nés dans le temple, nous parlons, surtout dans notre Bible, de vocation; d’appel divin.

Nous savons depuis l’Évangile de Saint Luc que, quand Jésus est présenté dans le même Temple de Jérusalem, le vieux et « juste »  Syméon le prononce appelé à provoquer « la chute et le relèvement » qui dévoilerait « les pensées qui viennent du cœur d’un grand nombre ».

Bien que notre Bible ne comprenne rien sur la présentation de la Vierge Marie dans le Temple (cette tradition, et notre fête d’aujourd’hui date depuis le sixième siècle après Jésus-Christ dans l’Orient chrétien), nous pouvons quand-même dire que la Vierge Marie, comme son Fils, avait dès son début une vocation provenante de Dieu. Et, bien que nos lectures d’aujourd’hui ne disent rien sur la Présentation de Marie, elles sont centrées sur le thème de vocation, de Marie et de nous tous et toutes.

Notre première lecture d’aujourd’hui nous révèle la vocation de la Vierge Marie, où le prophète Zacharie demande : « Chante et réjouis-toi, fille de Sion : voici que je viens, j’habiterai au milieu de toi ».

Mais n’est-ce pas la vocation de toutes et de tous parmi nous, non seulement de Marie depuis sa Présentation, de révéler, présenter et faire jaillir l’amour, la paix, et la joie dans notre monde du Dieu qui habite « au milieu de » nous ? Bien sûr, cela est notre vocation chrétienne aussi ! Bien que nous n’aurions pas la chance, comme a eu la Vierge Marie, d’enfanter dans ce monde le Fils de Dieu, nous partageons sa vocation également de présenter notre Dieu au monde par nos paroles et nos actions de charité. Car Jésus dit dans notre Évangile d’aujourd’hui « Voici ma mère et mes frères. Car celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère ».

Aujourd’hui, en plus de fêter la mémoire de la Présentation de la Vierge Marie, dans ma congrégation religieuse, les Basiliens, nous fêtons l’anniversaire de notre fondation, ce qui a eu lieu en 1822 à Annonay dans l’Ardèche. La fondation des Basiliens, ou Congrégation de Saint-Basile, avait pour but de donner aux jeunes une éducation chrétienne de qualité après le tumulte de la Révolution française. Mais, encore plus, la fondation des Basiliens avait pour but de soutenir notre vocation commune de faire « la volonté de (notre) Père » célestial. C’est pourquoi nous célébrons aujourd'hui  : le fait d’avoir appelés ensemble, donnés une vocation commune pour et par Dieu d’être frères, sœurs, pères, et mères. 


Tuesday, November 8, 2016

Homélie du samedi, 5 novembre 2016– de la férie

Samedi de la 31e semaine du temps ordinaire

Lectures du jour: Philippiens 4:10-19, Psaume 112:1, 2, 5, 6, 8a-9; Luc 16:9-15

Que veut dire Jésus en nous posant la question, « Si vous n’avez pas été dignes de confiance pour l’argent malhonnête, qui vous confiera le bien véritable » ? Dans notre Évangile d’aujourd’hui, ce qui est assez difficile à comprendre et même peut-être un peu troublant pour quelques-un(e)s d’entre nous, Jésus approuve-t-il la malhonnêteté dans certaines circonstances ?

À mon avis, ce n’est pas ce que Jésus est en train de nous dire. Nous avons raison, je crois, de prendre comme le point central de cette lecture de l’Évangile de Saint Luc la conclusion de Jésus que nous ne pouvons « pas servir à la fois Dieu et l’argent. »

Néanmoins, durant nos vies, nous devons sûrement nous servir de l’argent et d’autres biens matériels de notre monde. Certaines personnes vont même amasser des richesses matérielles. Ni l’argent, ni d’autres biens matériels, ni leur accumulation, ne sont forcément mauvaises. Ce qui est bon ou mauvais est de faire ou de ne pas faire de ces richesses de ce monde nos maîtres ; nos idoles ; nos dieux. Si nous mettons sincèrement nos biens, nos richesses matériels, et aussi notre intelligence, nos talents, tout ce que nous sommes et ce que nous possédons, au service du bien commun, le plus grand bien de toutes les personnes et de la création, nous agissons bien. Non pas nos richesses matériels mais Dieu, en ce cas-là, reste notre maître.

Nous servons Dieu et, à travers Dieu, le bien commun, d’où vient la notion de confiance. Quelque soit la source des richesses de ce monde, honnête ou, comme dit notre Évangile, « malhonnête », nous sommes invités à mettre ces richesses ;  à mettre tout ce que Dieu a crée, au service du bien du monde. Comme cela nous serons davantage « dignes de confiance », avec les richesses de ce monde éphémère mais aussi avec « le bien véritable » et impérissable du ciel.

Pour cela Saint Paul, dans la lecture que nous venons d’écouter de sa lettre aux Philippiens, a pu dire « je sais… être dans l’abondance… être rassasié et… souffrir la faim ». Ou bien nous avons, dans ma congrégation religieuse, les Basiliens, l’exemple d’un confrère (si je me souviens bien, il était économe de notre congrégation) qui aimait plaisanter, suivant librement Saint Paul : « J’ai été riche, et j’ai été pauvre. Être riche, c’est meilleur. » Heureusement, notre confrère, comme Saint Paul, était aussi riche et donc « digne de confiance » avec « le bien véritable » dont Jésus parle ; sinon il était au moins riche en son sens d’humour !

Être « digne » de confiance ; mettre nos richesses de ce monde au service de Dieu et du bien de tous et de toutes et non pas de faire de ces richesses matériels nos maîtres : C’est là l’invitation de Jésus a chacun(e) de nous, qui sommes baptisé(e)s disciples du Christ.