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Thursday, March 9, 2017

Homélie du dimanche, 5 mars 2017

Premier dimanche de carême

Lectures du jour: Genèse 2:7-9, 3:1-7a; Psaume 50 (51): 3-4, 5-6ab, 12-13, 14, 17; Romains 5:12-19; Matthieu 4:1-11

Qu’est-ce qu’une tentation ? De quoi est Jésus tenté à la fin de ces quarante jours dans le désert dont parle notre Évangile d’aujourd’hui, de St. Matthieu ? Quelles sont parmi nos tentations les plus difficiles à surmonter ?

Il me vient souvent à l’esprit que dans trois des Évangiles, ceux des saints Matthieu, Marc et Luc, le ministère public de Jésus commence par les tentations du diable contre lui dans le désert. La tentation fait partie de notre condition humaine ; dès nos premiers ancêtres, tout être humain a été tenté. On vient d’entendre dans notre première lecture, de la Genèse, l’histoire de notre première tentation et alors de notre premier péché. Notre Seigneur Jésus Christ, qui est Dieu autant qu’homme, n’était pas préservé de la tentation. En fait les Évangélistes représentent Jésus comme plus pleinement humain, plus pleinement comme nous, en plaçant le récit de ses tentations dans le désert avant son ministère. Bien sûr, Jésus n’a jamais succombé à la tentation ; il n’a jamais péché. C’est là la seule différence entre Jésus et Marie (qui fut préservée du péché par la grâce de Dieu et non par ses propres forces) et nous : Nous avons tous péché.

On prie dans le « Notre Père », « ne nous soumets pas à la tentation ». Je trouve que c’est une prière un peu étrange : pourquoi prier notre Père de ne pas nous soumettre à la tentation ? N’est-ce pas que Dieu ne veuille pas que nous soyons tentés, que la tentation soit une réalité dans notre vie sans que Dieu ou nous cherchions à être tentés ? Bon, on ne rentrera pas dans tout un exposé théologique sur le « Notre Père » et la tentation, mais à mon avis il est peut-être utile d’interpréter cette prière, « ne nous soumets pas à la tentation », comme si on priait notre Père de pas nous laisser seul, sans lui, face à la tentation. Nous connaissons nos faiblesses. Nous reconnaissons que nous sommes pêcheurs et que nous ne pouvons pas surmonter nos tentations les plus difficiles sans Dieu.

Alors quelles sont nos tentations les plus difficiles à surmonter ? Suivant les tentations de Jésus, peut-être que parmi nos tentations les plus fortes et difficiles à surmonter, on retrouve celle du pouvoir. Le pouvoir a plusieurs formes : la force physique, l’autonomie de prendre des décisions, le pouvoir politique, le fait d’être parent, ce qui nous donne du pouvoir sur nos enfants, ou le fait d’être ministre ou prêtre dans l’Église, une position de pouvoir certainement… On conçoit même Dieu comme puissant, quelqu’un avec pouvoir. Le pouvoir n’a aucune valeur morale en lui-même. Il est un peu comme nos émotions, en elles-mêmes ni bonnes ni mauvaises, mais qu’on est invité à bien maîtriser, sinon on peut blesser d’autres personnes et/ou nous-mêmes et/ou notre relation avec Dieu.

Les tentations contre Jésus dans notre Évangile d’aujourd’hui sont toutes, d’une manière, centrées sur notre gestion du pouvoir. Imagine qu’on soit dans un désert sous une chaleur étouffante. Ça fait depuis quarante jours qu’on n’a pas mangé, alors on ressent une faim avec une intensité de onze sur dix... Ou bien qu’on soit à la fin d’un Week-end Retrouvaille. Les casse-croûtes étaient à peine suffisantes pour nous soutenir, telle était l’intensité du travail pendant le Week-end. Malgré le meilleur effort de l’équipe Retrouvaille de nous fournir des casse-croûtes, des provisions de pharmacie et d’autres besoins, nous avons faim et nous sommes fatigués.

C’est là où vient sur scène le diable pour nous tenter comme il a tenté Jésus : « Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains ». Il faut dire que le diable est intelligent. Ça aurait été pour Jésus une très bonne idée, au lieu de jeûner pendant quarante jours, jusqu’à ce qu’il soit au bout de ces forces, de transformer les pierres autour de lui en pains. Le Fils de Dieu aurait certainement eu assez de pouvoir pour le faire. Durant l’exode sous Moïse, ce même Dieu avait fait tomber de la manne dans le désert pour son peuple, mais non, ici Jésus met en priorité la parole de Dieu au delà de ses propres besoins corporels et son pouvoir de se soutenir lui-même : « Il est écrit : L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ».

Cela pourrait-elle être une invitation à nous laisser éclairer et renforcer, surtout dans nos mariages et nos familles, par la parole de Dieu ? Cela pourrait-elle être une invitation, quand on suivra le parcours Retrouvaille au cours de ces prochaines semaines, de commencer toute communication avec une petite prière ou au moins de vous dire par exprès que vous vous aimez et que vous voulez le mieux l’un pour l’autre. Laissez entrer dans vos vies davantage la parole de Dieu, la volonté de Dieu que vos mariages réussissent, la parole de Dieu qui nous appelle à la confiance et à la réconciliation.

Cependant (je suis désolé ici si ce que je dirai vous semblera sombre ; je ne veut pas que ce soit décourageant), la tentation de ne pas se laisser guider par la parole de Dieu, surtout dans nos couples et nos familles, ne sera pas la seule tentation à laquelle on devra faire face. Si jamais on pense d’avoir conquis nos pires difficultés et mêmes démons dans nos mariages, ce qui peut se passer après quelques semaines, mois, ou années quand on a eu des succès avec le parcours que Retrouvaille propose ; si jamais on se croit, figurativement, être au sommet du Temple, c’est là que le diable va nous tenter de nouveau : « Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera pour toi des ordres à ses anges, et ils te porteront sur leurs mains ».

Voilà une tentation sournoise : « Si tu es Fils de Dieu »… On est loin d’être le Fils de Dieu d’une part (de l’autre part, on est tous fils et filles de Dieu) alors, je répète, on ne peut pas surmonter la tentation sans Dieu. Même Jésus, le Fils de Dieu qui aurait pu vaincre le diable et ses tentations tout seul s’il l’avait voulu, « fut conduit au désert par l’Esprit » et, après avoir été tenté, fut accompagné et servi par des anges. Alors Jésus, notre Seigneur et vainqueur du diable, de la tentation, et du péché, nous invite d’avoir confiance en son pouvoir et non seulement en le nôtre. Si on a confiance en Jésus lors des plus petites tentations, on vaincra plus probablement les plus grandes. Bien que Dieu est toujours à notre disposition, et qu’il n’ait pas de péché trop grand à pardonner, une famille ou un couple confiant en l’accompagnement de notre Dieu, et non seulement lors des grandes crises mais longtemps avant ; un couple ou une famille qui consacre même un peu de temps (quelques minutes par jour) à la prière ensemble pourra mieux répondre au diable et à ses tentations comme Jésus lui a répondu : « Il est encore écrit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu ».

Si on arrive à surmonter ces premiers types de tentations de l’égoïsme, à une mentalité du « je peux m’en sortir sans Dieu », on aura souvent à faire face à un troisième type de tentation, symbolisé par la troisième tentation de Jésus dans notre Évangile, au sommet d’une montagne, d’être propriétaire de tous les royaumes du monde : « Tout cela, je te le donnerai, si, tombant à mes pieds, tu te prosternes devant moi ». Cette troisième tentation est vers une certaine forme d’idolâtrie, que ce soit le culte de l’état, de l’argent, ou d’autres sources de pouvoir de ce monde. Encore, je dis, le pouvoir n’est pas mauvais en lui-même, si on le subordonne à Dieu. Mais finalement, à mon avis, Jésus nous rappelle de faire attention de ne pas trop valoriser des richesses ou aduler des personnages publics qui n’ont peut-être pas au cœur nos biens les plus importants, et qui ne comprennent souvent pas surtout le mariage comme Dieu nous invite à le comprendre : l’union permanente d’un homme et d’une femme qui se reflètent l’amour de Dieu, qui se donnent la vie et qui donnent la vie au monde.

Demandons alors l’aide de notre Seigneur Jésus pour que nous puissions dire avec lui ensemble, au sein de nos couples mariés, de nos familles : « Arrière, Satan ! Car il est écrit : C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, à lui seul tu rendras un culte ». C’est le Seigneur, lui seul, qui nous accompagne lors de la tentation, qui nous laissera jamais seul face à nos tentations et nos crises, qui fortifie nos mariages, signe sacramentelle de l’amour sans condition de Dieu pour nous. C’est enfin notre Dieu seul, à travers nous, l’Église, qui nous pardonne nos péchés et qui nous conduit à la vie éternelle.

Homélie du vendredi, 3 mars 2017– de la férie

Vendredi après les cendres

Lectures du jour: Isaïe 58:1-9a; Psaume 50 (51): 3-4, 5-6ab, 18-19;  Matthieu 9:14-15

« Cherchez le bien, non le mal, afin de vivre. Ainsi le Seigneur sera avec vous ». Notre acclamation de l’Évangile d’aujourd’hui, tirée du livre du prophète Amos, ne dirige-t-elle pas notre attention vers un objet clef du mouvement Retrouvaille ?

Mes frères et sœurs, ne sommes-nous pas ici à chercher « le bien » et, si on répond « oui », comment ? J’aimerais proposer deux manières d’interpréter ce que veut dire chercher « le bien » et là essayer de lier ces (au moins) deux interprétations possibles à nos lectures d’aujourd’hui et à notre ministère Retrouvaille.

Ne peut-on pas comprendre chercher « le bien » dans le sens de chercher à faire le bien ? Je crois que c’est ça le sens de chercher « le bien » qui est souligné surtout par le prophète Isaïe dans notre première lecture d’aujourd’hui. Chercher le bien, faire le bien, ce n’est pas la responsabilité des autres mais de chacun et de chacune de nous. Nous ne pouvons rester qu’émerveillés par les grands prophètes et les grands saints de l’histoire ; nous sommes appelés à être prophètes et saints nous-mêmes.

Eh, bien ! Il ne nous suffit pas d’être saints de façon superficielle. On vient de commencer, mercredi passé, ce temps de Carême où, dans quelques sens, on privilège des signes visibles de cette période pénitentielle ; cette période de commémoration de notre Seigneur Jésus Christ qui s’est soumis à nos faims, nos « déserts » et, finalement, notre mort, une mort sur une croix, afin que nous puissions vivre la vie éternelle ; être saints. En ce temps de Carême, on se met des cendres au front. On met plus d’attention sur la prière, le jeûne, l’abstinence de la viande au moins les vendredis et le mercredi des cendres, des actes de charité envers ceux qui en ont le plus besoin, et d’autres pratiques spirituelles. Cependant, si l’on ne fait ces actions que pour être plus visibles, à quoi sert notre prière, notre jeûne, notre abstinence de certains aliments, nos actes de charité, notre ministère ici de Retrouvaille avec des couples en situations de crise ?

C’est au fond cette question que pose le prophète Isaïe dans notre lecture d’aujourd’hui et, bien, que pose tous les prophètes d’une certaine manière. Les prophètes avaient une réputation d’être sévères. Ils étaient reconnus comme les dénonciateurs des maux et des péchés du peuple d’Israël, et Isaïe, qu’on vient d’entendre, suit cette réputation. En revanche, le but des prophètes était toujours d’apporter de l’espoir au peuple, ce qu’Isaïe fait également très bien. Isaïe emploie des images vives pour apporter de l’espoir au peuple que, si non seulement ils faisaient le bien, mais s’ils le faisait pour la gloire de Dieu et non pour des motivations égoïstes, Dieu les récompenserait. Dieu les accompagnerait jusqu’à ce qu’ils se rétablissent dans la terre sainte que Dieu leur avait donné. Pour apporter de l’espoir à son peuple, Isaïe prend en compte aussi la mémoire d’Israël de Dieu qui nous a accompagné depuis notre création. On pourrait peut-être imaginer la sensation physique que ressentait les Israélites en écoutant Isaïe, comme celle d’être en belle promenade sous un ciel clair et un soleil bien chaud. Alors peut-être on pourrait imaginer Isaïe comme un maître de notre méthode P.I.M.,* bien sûr avant que cette méthode ou Retrouvaille existent. Isaïe voulait que son peuple et que nous vivions la sensation, les images, et la mémoire de l’espoir et du bien.

Eh, alors, si Isaïe essaye de convaincre son peuple de chercher le bien en le faisant, dans notre Évangile Jésus nous conseille de vouloir reconnaître le bien des autres. Sinon on retombe facilement dans des pratiques spirituelles superficielles. Les pharisiens avaient l’apparence de bien vivre leur foi. Ils jeûnaient, tandis que les disciples de Jésus ne jeûnaient pas. Mais ce sont en fait les disciples de Jésus qui s’étaient laissés pénétrer au fond par la présence de Jésus. C’est aux autres, les pharisiens et « les disciples de Jean le Baptiste », à reconnaître le bien qui a lieu dans la fête que font les disciples de Jésus en la présence de « l’Époux » (quelle belle image conjugale, importante pour nous dans Retrouvaille !), en présence de leur salut.

Nous aussi, nous commençons ce week-end Retrouvaille en fêtant la présence de notre Seigneur, notre salut, parmi nous dans l’Eucharistie. Nous cherchons et nous reconnaissons dans cette célébration notre « bien », et nous aurons tout ce temps de Carême pour chercher le bien en le faisant, par nos actions de justice et de charité et par nos diverses disciplines spirituelles et pénitentielles. On jeûnera durant ce temps de carême, mais maintenant continuons notre fête Eucharistique. De toute manière, cherchons « le bien, afin de vivre » !

*Le P.I.M. de Retrouvaille est un méthode de communication des sentiments basé sur la sensation physique, l'image, et le souvenir (anglais, « memory ») évoqués par nos sentiments ou émotions.

Sunday, December 11, 2016

Homélie du lundi, 12 décembre 2016– de la férie

Lundi de la 3ième semaine de l’Avent

Mémoire facultative de Notre Dame de Guadalupe

Lectures du jour: Nombres 24:2-7, 15-17a; Psaume 24 (25):4-5ab, 6-7bc, 8-9; Matthieu 21:23-27

Mes frères et sœurs, l’Avent n’est-il pas le temps par excellence où nous commémorons et nous célébrons le fait d’être en route? Vers où sommes-nous en route? Nous sommes en route ensemble vers notre Dieu, mais aussi Dieu est en route vers nous. Dieu, qui nous a déjà rencontré il y a plus de deux mille ans dans une crèche à Bethléem, qui s’est fait homme pour nous sauver et qui nous a déjà guidé et rencontré à plusieurs autres reprises dans l’histoire,  nous rencontrera de nouveau et décisivement au deuxième avènement de Jésus-Christ.

C’est cela que nous commémorons et que nous célébrons durant ce temps de l’Avent. Nous prions avec le Psaumiste: «Seigneur, fais-moi connaître ta route». Nous reconnaissons que ce seront «les humbles» qui discerneront la bonne route, qui reconnaîtront l’enseignement de Dieu, mais aussi que Dieu est en route vers et avec nous. «Les humbles» reconnaissent la présence de Dieu déjà dans notre monde. Pour cela, «les humbles» dont le Psaumiste parle ne se découragent pas de la longue route et ne deviennent pas obsédés par la fin de la route.

Le livre des Nombres et l’Évangile de Saint Matthieu, desquels nous entendons aujourd'hui, nous parlent aussi du fait d’être en route vers notre Dieu bien que Dieu soit en route vers et avec nous. Nous entendons aujourd’hui du livre des Nombres, par contre, l’histoire d’un peuple, celui d’Israël, découragé par la longueur et la difficulté de leur route. Ils sont à la fin de l’Exode, de quarante ans dans le désert, et sont sur le point de rentrer chez-eux dans leur terre promise par Dieu. Mais la première génération, celle qui était sortie d’Égypte sous Moïse et Aaron, ne verra jamais cette terre promise; une deuxième génération sera celle qui rentrera en Israël.

En ce temps d’entre-générations, la nation d’Israël est très faible et aussi menacé par le royaume d’Amalek, représenté dans notre lecture aujourd'hui par son roi, Gog, qui envoie son prophète, Balak, rencontrer Balaam, «prophète païen» qui devient néanmoins le porte-parole de Dieu pour Israël. Balak anticipe que Balaam maudira Israël, mais il bénit Israël au lieu. Balaam donne à Israel la force, la bénédiction et la réassurance que Dieu est en route avec eux, qui leur sont nécessaires pour continuer vers leur terre promise et pour confier cette terre promise à leur prochaine génération.

Dans l’Évangile de Saint-Matthieu, l’Évangile du «Dieu-avec-nous», Emmanuel, «les grands prêtres et les anciens du peuple» manquent encore de la confiance que Dieu nous accompagne en route. Ils sont obsédés de signes concrets, par la fin de la route. Ces élites religieuses demandent donc à Jésus une preuve de son autorité, mais ils ont oublié les signes déjà reçus en cours de route du Dieu qui est toujours avec eux. Jésus ne peut alors rien faire de leur manque de confiance, et d’humilité: «Moi, je ne vous dis pas non plus par quelle autorité je fais cela».

Mes frères et sœurs, reconnaissons en particulier en cet Avent que, comme le peuple d’Israël ancien, nous sommes un peuple béni et choisi par Dieu, un peuple que Dieu accompagne en route jusqu’à la fin des temps. Et ne perdons alors ni l’humilité ni la confiance en notre Dieu que nous prions d’après le Psaumiste, «Seigneur, fais-moi connaître ta route»!

Monday, November 21, 2016

Homélie du lundi, 21 novembre 2016– Mémoire de la Présentation de la Vierge Marie

Lectures du jour: Zacharie 2:14-17; Cantique:  Luc 1:46b-47, 50-51, 52-53, 54-55; Matthieu 12: 46-50

Lundi de la 34e semaine du temps ordinaire

Cette homélie a été donnée à  la chapelle de la Maison-Mère de la Congrégation de la Mission (Lazaristes), Paris, France.

This homily was given at the Congregation of the Mission (Vincentian) Motherhouse chapel, Paris, France.

N’avons-nous pas raison de penser à la Vierge Marie comme femme appelée, comme femme avec une vocation? Aujourd’hui nous fêtons la mémoire de la Présentation de la Vierge Marie par ses parents, les saints Anne et Joachim, dans le Temple de Jérusalem. Et quand nous parlons de présentations à cette époque de nouvelles et nouveaux-nés dans le temple, nous parlons, surtout dans notre Bible, de vocation; d’appel divin.

Nous savons depuis l’Évangile de Saint Luc que, quand Jésus est présenté dans le même Temple de Jérusalem, le vieux et « juste »  Syméon le prononce appelé à provoquer « la chute et le relèvement » qui dévoilerait « les pensées qui viennent du cœur d’un grand nombre ».

Bien que notre Bible ne comprenne rien sur la présentation de la Vierge Marie dans le Temple (cette tradition, et notre fête d’aujourd’hui date depuis le sixième siècle après Jésus-Christ dans l’Orient chrétien), nous pouvons quand-même dire que la Vierge Marie, comme son Fils, avait dès son début une vocation provenante de Dieu. Et, bien que nos lectures d’aujourd’hui ne disent rien sur la Présentation de Marie, elles sont centrées sur le thème de vocation, de Marie et de nous tous et toutes.

Notre première lecture d’aujourd’hui nous révèle la vocation de la Vierge Marie, où le prophète Zacharie demande : « Chante et réjouis-toi, fille de Sion : voici que je viens, j’habiterai au milieu de toi ».

Mais n’est-ce pas la vocation de toutes et de tous parmi nous, non seulement de Marie depuis sa Présentation, de révéler, présenter et faire jaillir l’amour, la paix, et la joie dans notre monde du Dieu qui habite « au milieu de » nous ? Bien sûr, cela est notre vocation chrétienne aussi ! Bien que nous n’aurions pas la chance, comme a eu la Vierge Marie, d’enfanter dans ce monde le Fils de Dieu, nous partageons sa vocation également de présenter notre Dieu au monde par nos paroles et nos actions de charité. Car Jésus dit dans notre Évangile d’aujourd’hui « Voici ma mère et mes frères. Car celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère ».

Aujourd’hui, en plus de fêter la mémoire de la Présentation de la Vierge Marie, dans ma congrégation religieuse, les Basiliens, nous fêtons l’anniversaire de notre fondation, ce qui a eu lieu en 1822 à Annonay dans l’Ardèche. La fondation des Basiliens, ou Congrégation de Saint-Basile, avait pour but de donner aux jeunes une éducation chrétienne de qualité après le tumulte de la Révolution française. Mais, encore plus, la fondation des Basiliens avait pour but de soutenir notre vocation commune de faire « la volonté de (notre) Père » célestial. C’est pourquoi nous célébrons aujourd'hui  : le fait d’avoir appelés ensemble, donnés une vocation commune pour et par Dieu d’être frères, sœurs, pères, et mères. 


Thursday, June 16, 2016

Homélie du vendredi, 17 juin 2016– de la férie

vendredi de la 11ième semaine du temps ordinaire

Lectures du jour: 2 Rois 11:1-4, 9-18, 20; Psaume 131 (132): 11-12, 13-14, 17-18; Matthieu 6:19-23


Quels sont nos « trésors »? Jésus nous invite dans notre Évangile d’aujourd’hui de ne pas faire « de trésors sur la terre » mais « dans le ciel ». Que veut-il dire par cela?

Nous pouvons penser peut-être à des personnes avec qui nous nous entendons spécialement bien comme des « trésors » : nos relations familiales et de bons amis, par exemple. Je ne crois pas que Jésus veut nous priver de telles relations. En fin de compte, Jésus veut que nous nous aimions les uns les autres. L’amour que nous avons pour d’autres personnes est l’image dans notre monde de l’amour parfait de Dieu. Cet amour de Dieu vient du ciel pour habiter nos cœurs, donc, si nous aimons, nos cœurs sont bien orientés vers le ciel, où est Dieu, notre premier trésor : « Car là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur ».

Nos trésors peuvent parfois être des objets; des richesses matériels. Ce ne sont pas forcément des faux trésors, bien qu’ils soient périssables. La nature, la grandeur de toute la création, même de l’argent et d’autres biens matériels, si on les utilise pour le bien du monde et avec générosité : Ceux-ci peuvent aussi être pour nous des images de la richesse et de la bonté infinies de Dieu. Ceux-ci peuvent alors nous orienter vers Dieu; vers le ciel.

« Là où est [notre] trésor » est donc plus question de priorités et d’orientation : Qu’est-ce qui ou bien qui attire nos cœurs? Pouvons-nous tous, au moins imparfaitement, répondre à cette question que Dieu; que notre Seigneur Jésus attire nos cœurs; que Dieu est notre priorité, l’orientation de chacun de nous et de notre communauté chrétienne? Si nous pouvons répondre ainsi, je crois que nous sommes sur la bonne piste.

Le problème est quand nous nous détournons de cette orientation vers Dieu et vers le ciel; quand nous donnons la priorité aux choses périssables de la terre. De cette fausse orientation viennent l’avarice, l’orgueil, la haine, un surplus de compétition au lieu de la coopération en gérant les ressources du monde pour le bien commun. Et nous connaissons les résultats de ce péché, de cette soumission à l’œuvre du Satan dans notre monde : De nombreuses guerres; des familles, des amitiés, et des communautés brisés. Nous écoutons aujourd’hui du deuxième livre des Rois la violence qui peut se produire quand nos cœurs sont mal orientés comme celui d’Athalie, soif de pouvoir. « Elle entreprit de faire périr toute la descendance royale » après la mort de son fils Ocozias, et puis elle-même a été frappée « par l’épée ».

Le week-end passé à Orlando, aux États-Unis, nous avons encore vu ce qui en résulte quand la haine; la violence; les idéologies deviennent nos armes; nos obsessions; nos dieux; nos trésors. Mais Jésus nous répond; nous invite toujours à une réorientation de nos cœurs vers le ciel, « là où il n’y a pas de mites ni de vers qui dévorent, pas de voleurs qui percent les murs pour voler », mais là où est Dieu; là où est l’impérissable; là où est notre salut.

Saturday, December 12, 2015

Homélie du samedi, 12 décembre 2015– de la férie

samedi de la 2ième semaine de l’Avent

Mémoire facultative de Notre Dame de Guadalupe

Lectures du jour: Ben Sira le Sage 48:1-4, 9-11; Psaume 79 (80):  2ac, 3bc, 15-16a, 18-19; Matthieu 17:10-13

Les disciples de Jésus lui posent une question bizarre dans notre Évangile d’aujourd’hui de Saint Matthieu: «Pourquoi donc les scribes disent-ils que le prophète Élie doit venir d’abord»?

Pourquoi, avec Jésus présent devant eux, et alors qu’ils le croient déjà Messie, ses disciples lui posent-ils cette question à propos du second avènement d’Élie? Qui était Élie dans l’esprit juif de l’époque de Jésus, l’esprit par lequel les disciples de Jésus pensaient et agissaient?

La Bible témoigne de la grande importance d’Élie. Celui-ci était le premier prophète d’Israël de l’Ancien Testament, un personnage «pont», on peut dire, entre les origines tribales d’Israël et l’époque d’Israël comme nation sous des prophètes et des rois. Notre première lecture, de Ben Sira le Sage, raconte l’assomption, nous pouvons dire, corps et âme, d’Élie aux cieux parmi un «tourbillon» et des «coursiers de feu». (Nous croyons alors dans notre tradition catholique en l’Assomption de la Vierge Marie. Mais plusieurs juifs, même avant Jésus Christ, croyaient déjà que Dieu pouvait élever quelqu’un de spécialement digne intégralement aux cieux, bien que ces assomptions étaient rares). Ces juifs croyaient qu’Élie, qui avait été porté corps et âme aux cieux, allait revenir sur terre un jour pour annoncer l’arrivée imminente du Messie. Ceci est le contexte de la question des disciples à Jesus sur le second avènement d’Élie.

Cependant la réponse que donne Jésus à ses disciples leur est au moins aussi bouleversante que leur question: Élie est déjà revenu, mais en la personne de Jean le Baptiste! Comme Élie, Jean est aussi prophète; aussi un personnage «pont» de la Bible. Jean devient l’annonciateur de l’arrivée au monde de notre Messie, Jésus Christ. Mais ni Élie, ni Jean-Baptiste sont venus pour eux-mêmes. Ils sont venus pour nous, pour être prophètes de Dieu dans notre monde. Et Jean-Baptiste, comme Élie, nous donne une mission d’être prophètes à notre tour.

Donc de quoi et de qui sommes-nous prophètes? Nous ne sommes pas, prenant les paroles du pape Jean XXIII en ouvrant le Concile Vatican II, «prophètes de malheur». Nous ne sommes pas prophètes de la peur; de la violence; de l’exclusion de l’étranger, du réfugié ou de l’immigrant; de ceux et celles qui diffèrent de nous en religion ou en pensée. Nous sommes prophètes de bonheur; de joie; de justice; de bonté; de charité. Je suis donc confiant qu’il y en a parmi nous des prophètes, choisis par Dieu pour être, comme Jean-Baptiste et Élie, des personnes «ponts». Parmi nous sont celles et ceux qui nous amènent par parole et exemple vers notre rencontre avec Jésus Christ notre Sauveur à la fin des temps, ce que nous espérons en célébrant ce temps d’Avent.

Thursday, August 28, 2014

Homélie du lundi, 25 août 2014– Mémoire de Saint Louis IX

Lundi de la 21ième semaine en temps ordinaire. Monday of the 21st Week in Ordinary Time

Lectures du jour: 2 Thessaloniciens 1:1-5, 11-12; Psaume 96:1-2a, 2b-3, 4-5; Matthieu 23:13-22
 

Readings of the day: 2 Thessalonians 1:1-5, 11-12; Psalm 96:1-2a, 2b-3, 4-5; Matthew 23:13-22
 
Cette homélie a été donnée au Pavillon Saint-Joseph, l'infirmerie des Soeurs de Sainte-Croix à Saint-Laurent, QC, Canada. P. Denis Marchand, CSC, l'aumônier du Pavillon Saint-Joseph, a concélébré cette Messe, à laquelle plusieures Soeurs de Sainte-Croix venant de territoires missionaires, ainsi que des religieuses d'autres congrégations ont assisté.


This homily was given at Pavillon Saint-Joseph, the infirmary of the Sisters of Holy Cross at Saint-Laurent, QC, Canada. Fr. Denis Marchand, CSC, Chaplain of Pavillon Saint-Joseph, concelebrated this Mass. Many Sisters Holy Cross from mission territories, as well as religious from other congregations, also participated in this Eucharistic celebration.


Remarquons-nous que les lectures que nous entendons aujourd’hui de la seconde lettre de Saint Paul aux Thessaloniciens et de l’Évangile selon Saint Matthieu nous présentent deux messages opposés l’un de l’autre?

Saint Paul encourage la communauté chrétienne naissante de Thessalonique, actuellement en Macédoine et donc également loin des plus grandes et influentes communautés chrétiennes de ce temps, peut-être vingt ans après la mort et résurrection du Christ: Jérusalem; Rome; Antioche en Syrie. Les chrétiens de Thessalonique restent fidèles a Jésus malgré cette distance d’autres communautés chrétiennes; malgré la persécution; malgré d’autres souffrances. Donc Saint Paul leur écrit affectueusement: «À tout instant nous devons rendre grâce à Dieu à cause de vous».

Par contre, Jésus gronde les scribes et les pharisiens pour leur direction maladroite du peuple juif. «Malheureux êtes-vous… hypocrites», Jésus leur dit, «guides insensés et aveugles»!

Je viens célébrer avec vous cette Messe d’aujourd’hui avec l’affection de Saint Paul pour les Thessaloniciens et non avec la sévérité de Jésus contre les «scribes et pharisiens» (bien que les scribes et les pharisiens ont mérité sans doute la remontrance de Jésus). Ne vous inquiétez pas alors! Je viens parmi vous résonnant le message de Saint Paul: «À tout instant nous devons rendre grâce à Dieu à cause de vous».

Nous recevons parmi nous des Sœurs de Sainte-Croix. Nous recevons ici la communauté du Pavillon Saint-Joseph, y inclus des religieuses de plusieurs congrégations. Nous recevons en cette célébration Eucharistique des religieuses qui viennent de territoires missionnaires. Nous recevons ici des visiteurs. Nous avons ici votre aumônier, le Père Denis Marchand, qui reçoit gracieusement ce petit-neveu de la Sœur Jeanne d’Arc Brunelle de votre communauté. Merci de votre accueil de votre humble serviteur de Dieu, prêtre de la Congrégation de Saint Basile ordonné depuis le 10 mai. Je me rappelle avec grande joie que c’est ici au Pavillon Saint-Joseph où j’ai servi comme diacre en septembre passé et j’ai donné ma première homélie après mon ordination diaconale. Donc avec les paroles de Saint Paul aux Thessaloniciens, je rends moi aussi «à tout instant… grâce à Dieu à cause de vous». Je prie en action de grâce à Dieu pour vous et «à cause de vous», mes sœurs et frères en Jésus Christ.

Je crois que ces paroles s’appliquent bien à vous, en plus parce que plusieurs d’entre vous ont vécu des souffrances de même que les Thessaloniciens à l’époque de Saint Paul. Nous n’avons peut-être pas été persécutés de la même manière qu’ont été les premiers Chrétiens, mais plusieurs rassemblés ici vivent des difficultés de santé ou sont d’un âge avancé; se sentent peut-être isolés ou tristes de temps en temps. Plusieurs d’entre vous sont missionnaires qui affrontent avec courage profond les dangers liés à cette vocation.

Many of us here know or have known suffering of the kind acknowledged by St. Paul in his second letter to the Thessalonians, whether it is due to advanced age; perhaps feelings of isolation or sadness from time to time, or the dangers of missionary ministry that many of you undertake with profound courage. This suffering, and yet this joy in your vocation and your “love… for one another” that I feel around and deep within me every time I visit here at Pavillon Saint-Joseph, is the kind of experience that St. Paul recognizes as “evidence of the just judgment of God, so that you may be considered worthy of the Kingdom of God.”

May God bless you for your witness to our faith in Jesus Christ! Yours is a witness that sustains vocations: to the religious life and priesthood; to the Christian way of life we all begin by our baptism. Your witness to our faith sustains and encourages me in my vocation as a religious and priest, as I keep you in prayer constantly.

If I may allow myself to boast of anything, I express my boast in your life of faith, my dear sisters and brothers in Christ, in the words of St. Paul: I boast of you “in the Churches of God.” Where I minister at St. Kateri Parish in Rochester, New York, and beyond, I often recall with fondness my visits here to Pavillon Saint-Joseph: your kindness; your love for one another; your joy amid significant challenges and even suffering. Without doubt, from here vocations have been inspired and sustained; vocations to “proclaim God’s marvellous deeds” within these walls and indeed “to all the nations,” as we pray in our Responsorial Psalm.

Si je peux me permettre un peu d’orgueil, ce serait en votre témoignage de notre foi, sœurs et frères en Jésus Christ. C’est mon «orgueil» qui s’exprime, en les paroles de Saint-Paul, «au milieu des Églises de Dieu», d’ici jusqu’à ma paroisse à Rochester (New York), Saint Kateri et encore plus loin. Partout et souvent, je me rappelle affectueusement de mes visites ici au Pavillon Saint-Joseph: de votre bonté; de votre amour les uns pour les autres; de votre joie malgré des défis importants et même des souffrances. Ici vous vivez; ici vous témoignez notre foi de manière qui sans doute inspire et soutient des vocations. Ensemble, commençant ici, nous allons nous soutenir en notre vocation commune, dans les paroles de notre Psaume, de «dire au monde entier les merveilles de Dieu»!

«À tout instant nous devons rendre grâce à Dieu à cause de vous». Empruntant encore les paroles de Saint Paul de notre première lecture, je vous salue: «Que la grâce et la paix soient avec vous de la part de Dieu le Père et du Seigneur Jésus Christ… Ainsi notre Seigneur aura sa gloire en vous et vous en lui».

«À tout instant» rendons grâce a Dieu pour vous alors, sœurs et frères en Jésus Christ. Merci de votre foi; votre amour; votre joie; votre inspiration; votre témoignage du Christ. Que Dieu soit glorifié et que Dieu vous bénisse.