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Monday, April 30, 2018

Homélie du lundi, 30 avril 2018– Lundi de la 5ème semaine du Temps Pascal

Mémoire facultative de St. Pie V

Lectures du jour: Actes des Apôtres 14, 5-18; Psaume 113b (115), 1-2, 3-4, 15-16; Jean 14, 21-26

Cette homélie fut donnée à la paroisse St. Louis d'Antin, Paris, France 


Comment comprend-on Dieu ? Quelles sont nos images prédominantes de Dieu ?

Le peuple de Lystres, dans notre première lecture des Actes des Apôtres, avaient leurs images préconçues de ce que c’était un dieu (ou des dieux) avant que Paul et Barnabé n’arrivent chez eux pour prêcher l’Évangile de Jésus Christ, Dieu fait homme. Ces habitants de Lystres, d’une manière, n’était pas loin de la vérité dans leurs images prédominantes du divin. Ils comprenaient bien que le divin pouvait intervenir dans ce monde, par exemple pour guérir l’homme boiteux à travers Paul et Barnabé. En revanche, ils n’avaient pas encore compris que nous, les Chrétiens, croyons en un Dieu qui a pris notre nature humaine en la personne du Fils, son Christ. Il ne s’agissait pas, alors, de faire des dieux à partir des hommes, comme les habitants de Lystres essayèrent de faire avec Paul et Barnabé, mais de Dieu qui s’était intervenu dans ce monde en devenant humain et que, maintenant, nous demande d’être sa présence sur terre. Bien qu’on ne soit pas des dieux, on est créé à l’image de Dieu pour agir à la place de et pour se conduire mutuellement vers Dieu à partir de ce monde.

Pourtant, qui parmi nous a peut-être entendu quelqu’un s’exprimer que, par exemple, le Dieu de l’Ancien Testament est souvent violent ou en colère, en contraste avec le Dieu du Nouveau Testament qui est plutôt un Dieu de miséricorde et de gentillesse ? Eh, bien, cela est l’une des plus anciennes hérésies, le Marcionisme, qui porte le nom de Marcion, un personnage important de l’Église primitive.

Bien sûr, je ne présumerais pas que des personnes qui expriment même aujourd’hui de temps en temps une version ou une autre de cette position sont intentionnellement hérétiques, mais quand même c’est une fausse notion de Dieu !

Dans les Actes des Apôtres aujourd’hui, en réponse à ceux qui voulait faire de Paul et Barnabé des dieux, ces deux apôtres relient ensemble en effet le Dieu de l’Ancien Testament, « lui qui a fait le ciel, la terre, la mer, et tout ce qu’ils contiennent », le Dieu dont Paul et Barnabé annoncent « la Bonne Nouvelle », et le Dieu qui a envoyé son Fils, Jésus, cette Bonne Nouvelle fait chair, sur terre parmi nous. Toutes celles-là sont les actions d’un seul Dieu.

Eh, bien, dans notre Évangile selon St. Jean, Jésus promet à ces disciples qu’il enverra l’Esprit Saint, une troisième personne de ce même Dieu unique. Quel mystère ! L’Esprit Saint sera leur, et notre, « Défenseur », qui nous « enseignera tout ». L’Esprit Saint nous permettra de reconnaître qu’on est créé dans l’image d’un seul Dieu. L’unique Dieu, qui s’est donné chair pour qu’il devienne son Fils avec une nature humaine ajoutée à sa nature divine, ajoute maintenant à notre chair son Esprit pour que nous devenions non pas Dieu, mais comme des dieux, pour notre salut et pour le salut du monde.

Thursday, April 26, 2018

Homélie du jeudi, 26 avril 2018– Jeudi de la 4ème semaine du Temps Pascal

Lectures du jour: Actes des Apôtres 13, 13-25; Psaume 88 (89), 2-3, 21-22, 25.27; Jean 13, 16-20

Cette homélie fut donnée à la paroisse St. Louis d'Antin, Paris, France 


Remarquons-nous que, dans notre Évangile d’aujourd’hui de St. Jean, on effectue un petit recul dans le temps ? On se retrouve à table, juste après que Jésus ait lavé les pieds de ses disciples.

On est actuellement bien dans le temps pascal, un temps de fête et de joie dans l’Église, mais aujourd’hui notre Évangile nous fait revivre la dernière cène, le lavement des pieds, le début de la Passion de notre Seigneur. Dans notre Évangile d’aujourd’hui, on n’est plus, bien que momentanément, dans la joie de fêter la résurrection. Pourquoi ?

Eh, bien, se pourrait-il que ce soit toujours bien qu’on soit rappelés de notre propre vulnérabilité de temps en temps, et qu’on soit rappelés de comment Jésus s’est fait vulnérable au péché et à la mort pour nous sauver ? Le lavement des pieds est un geste de vulnérabilité : Jésus, le Maître, se met dans la position de l’esclave à ses apôtres. On sait alors que les premiers disciples furent bouleversés par ce geste. Cependant, ils devaient eux aussi reconnaître intimement leur vulnérabilité pour ensuite devenir missionnaires ; pour être envoyés à coopérer dans la mission de notre salut, la mission de Dieu qui exige que nous soyons, comme notre Dieu fait homme, au plus vulnérables.

« Un serviteur n’est pas plus grand que son maître », nous dit Jésus dans l’Évangile de St. Jean. Un maître évangélisateur, un maître missionnaire ; un maître disciple et puis apôtre doit premièrement accepter sa vulnérabilité et le fait que Jésus s’est fait vulnérable pour nous, volontairement, jusqu’à la mort. Être Chrétien, au nom de Jésus le Christ, est synonyme de se faire vulnérable ; est synonyme de consentir à se faire laver les pieds et seulement ensuite de pouvoir laver les pieds d’autrui.

Il y a une progression importante dans notre Évangile : les disciples devaient consentir à se faire laver les pieds par Jésus, puis Jésus leur rappelle qu’ « un serviteur n’est pas plus grand que son maître », puis les disciples sont envoyés en mission : « si quelqu’un reçoit celui que j’envoie, il me reçoit moi-même ; et celui qui me reçoit, reçoit Celui qui m’a envoyé ».

On reçoit Celui qui s’est fait vulnérable, jusqu’à la mort, à travers quelqu’un ou une communauté de personnes— l’Église— qui ose se faire vulnérable à la place du Seigneur sur terre ; comme Ste. Thérèse d’Avila a dit, devenir « les mains et les pieds » du Christ actuellement sur terre.

Il nous faut, dit le Pape François, une Église qui n’a pas peur de devenir « accidentée, blessée et sale pour être sortie par les chemins », pour ne pas être restée enfermée sur elle-même. On est invité d’être cette Église : une Église en pleine fête de joie pascale parce qu’on a osé sortir par les chemins à la rencontre du Seigneur dans nos frères et sœurs, en particulier ceux qui sont en besoin. Nous sommes invités à vivre l’exemple du Seigneur, Maître qui s’est fait serviteur, vulnérable jusqu’à la mort pour nous sauver.

Tuesday, April 24, 2018

Homélie du mardi, 24 avril 2018– Mardi de la 4ème semaine du Temps Pascal

Lectures du jour: Actes des Apôtres 11, 19-26; Psaume 86 (87), 1-3, 4-5, 6-7; Jean 10, 22-30

Cette homélie fut donnée à la paroisse St. Louis d'Antin, Paris, France 

Qu’est-ce qui est essentiel à l’unité ? C’est souvent une question un peu controversée.

Dans notre Évangile d’aujourd’hui, Jésus entre en débat avec les chefs de la religion juive de son époque. À la fin de ce débat, Jésus affirme contre ses opposants : « Le Père et moi, nous sommes un » !

Que signifie-t-il cette affirmation de Jésus qu’il soit « un » avec le Père ? Comment sommes-nous, en Église, commissionnés ; envoyés pour être signe de cette unité du Père, du Fils, et de l’Esprit-Saint— en un seul Dieu— dans notre monde actuel ? Bien sûr, dans notre Église, comme à l’époque de Jésus parmi son propre peuple juif, il y avait beaucoup de diversité de pensée, de formes de pratique religieuse et de spiritualités. Il y avait, comme il existe maintenant dans notre Église et dans le monde chrétien au sens plus large, des débats et même des disputes à propos de la doctrine et la pratique de la foi.

Comment, alors, trouver notre unité au lieu de cette diversité religieuse ? Quels seraient les principes essentiels en lesquels il faut croire, par exemple, pour appartenir à l’Église ? Dans notre Église catholique, on a une structure de gouvernance et de sanctification pour nous aider à répondre à de telles questions. On a le pape, chef parmi ses frères évêques qui gouvernent leurs propres territoires ou diocèses, et qui forment entre eux des conférences régionales ou nationales. On a des documents et des enseignements magistériels de l’Église.

Cependant, toutes ces structures faites pour garder l’unité dans notre foi et parmi nous, ses croyants, n’évitent pas qu’il y ait une certaine diversité et créativité dans l’expression de la doctrine et dans la (ou les) pratique(s) de notre foi. Qui décide alors quelles expressions, théologies, doctrines et ainsi de suite sont légitimes et lesquelles sont erronées ? Même avec toute la structure de gouvernement particulière à notre Église catholique, la réponse à cette question n’est souvent pas aussi facile à connaître.

Pour aborder de telles questions, ne pourrait-on pas commencer à un niveau bien personnel, dans nos propres cœurs : comment agis-je pour promouvoir l’unité de l’Église ? Au cinquième siècle, St. Augustin rappela aux fidèles qu’assez peu de nos doctrines chrétiennes sont essentielles à y croire. Il faut croire en Dieu, en la Sainte Trinité. Il faut croire en la Présence réelle du Christ dans l’Eucharistie ; en ce qu’on prie dans le Credo et en ce qui est proclamé par exprès comme de la révélation divine ; comme dogme, par exemple. St. Augustin dit : « En peu de choses, l’uniformité ; en toutes autres choses, la diversité ; en toutes choses, la charité ».

La charité consiste premièrement, à mon avis, a présumer la bonne volonté de l’autre, même si notre sœur ou frère est dans l’erreur, bien qu’on sache que l’autre n’agit pas de bonne volonté. La charité consiste en avoir confiance dans l’Église ; dans la formation mutuelle—la conversion—  de nos consciences qui se déroule à long terme et avec gentillesse et bienveillance, pas en corrigeant brusquement les erreurs des autres.

« En toutes choses, la charité » … « Le Père et moi, nous sommes un », dit Jésus, et nous sommes en Église les témoins de cette unité dans la charité.