Friday, December 29, 2017

Homélie du lundi, 13 novembre 2017– de la férie

Lundi de la 32ème semaine du temps ordinaire

Lectures du jour: Sagesse 1, 1-7; Psaume 138 (139), 1-13, 4-6, 7-8, 9-10; Luc 17,1-6

Combien d’entre nous ont dit, à un moment donné, un peu comme les Apôtres demandent à Jésus dans notre Évangile d’aujourd’hui : « Augmente en nous la foi » ? Combien d’entre nous aimeraient avoir une foi plus forte ; une vie de prière plus régulière, plus attentive, peut-être moins susceptible à des distractions ; plus de sagesse ; plus de capacité à pardonner ?

Peut-être que j’ai tort, mais je crois que je parle pour la plupart d’entre nous sinon tout le monde ici. La demande des Apôtres à Jésus est aussi plus ou moins notre demande : « Augmente en nous la foi ». On est ici pour célébrer cette Eucharistie parce qu’on possède déjà de la foi, mais en même temps on reconnaît que notre foi a besoin davantage du soutien et de la force qui vient de notre Seigneur. Alors faisons le nôtre la demande à Jésus de ses Apôtres : « Augmente en nous la foi ».

Cependant, écoutons aussi la réponse de Jésus à notre demande d’augmenter en nous la foi : Même si l’on possède une foi que l’on estime à peine suffisante, « comme une graine de moutarde », on possède un don de Dieu déjà très puissant dans notre monde. Jésus nous dit que la puissance de ce don de la foi déjà en nous est comme si on pouvait dire à un arbre de se déraciner et de se planter dans la mer— une demande assez exagérée à un arbre— et cet arbre obéira.

Mes sœurs et frères, à mon avis Jésus nous dit que nous possédions déjà de la foi et d’autres dons indispensables à notre vie de disciples du Seigneur. Même si on reconnaît nos faiblesses, nos manques de foi ou de sagesse, notre inattention à la prière, nos difficultés à pardonner de temps en temps, notre Dieu nous a déjà donné des points de départ à ne pas négliger : « Si vous aviez de la foi, grosse comme une graine de moutarde » …

Alors, bien qu’il nous soit parfaitement naturel et même bien de faire de la prière des Apôtres la nôtre, « augmente en nous la foi », prions aussi avec reconnaissance des dons que nous avions déjà reçus de notre Dieu : Seigneur, merci pour le don de notre foi. Merci pour le don d’être participants ici dans cet Eucharistie. Merci pour le don de pardonner quelqu’un qui a besoin de notre pardon, surtout quand pardonner nous est difficile, ou pour le don de nous pardonner parfois nous-mêmes. Merci pour le don, la grâce de pouvoir prier, même une petite prière courte ou distraite. Merci pour votre sagesse, Seigneur, que vous nous montrez par la beauté de votre création.

Toutefois, alors qu’on vous dit « merci » pour ces dons, pour ces grâces, augmentez en nous, ô Seigneur, la reconnaissance de ces petites grâces, ces graines de moutarde que nous possédons déjà. Quelle puissance possède-t-on par ces grâces, comme si on pouvait demander à un arbre de se déraciner et de se planter dans la mer ! Quelle puissance y-a-t-il dans ces petites grâces, ces graines de moutarde dont vous êtes la source, Seigneur ; les grâces qui nous sont données pour coopérer avec vous, notre Dieu, dans le salut du monde !

Homélie du lundi, 30 octobre 2017– de la férie

Lectures du jour: Romains 8, 12-17; Psaume 67 (68), 2.4, 6.7ab, 20-21; Luc 13, 10-17

Lundi de la 30ème semaine du temps ordinaire

Cette homélie fut donnée à la chapelle de la Maison-Mère de la Congrégation de la Mission (Lazaristes), Paris, France.


This homily was given at the Congregation of the Mission (Vincentian) Motherhouse chapel, Paris, France.

« Jésus était en train d’enseigner dans une synagogue, le jour du sabbat » … Ayant été enseignant à plusieurs endroits, niveaux et reprises, je suis fasciné par ce début de notre Évangile d’aujourd’hui de St. Luc. Qu’est-ce que Jésus était en train d’enseigner ce jour-là dans la synagogue ? On ne saura jamais ce qu’il enseignait, parce que l’Évangile de St. Luc ne nous le dit pas.

Pourtant, au lieu de nous dire ce que Jésus enseignait ce jour de sabbat-là, après de nous avoir dit que Jésus enseignait, St. Luc nous décrit en assez grand détail la guérison de la femme infirme et le controverse qui y résulte entre Jésus et « le chef de la synagogue » et les autres « adversaires » de Jésus. Notre Seigneur n’était-il pas « en train (de nous) enseigner » quelque chose, non pas premièrement par ce qu’il disait ce sabbat-là dans la synagogue, mais par ses actions ?

On a aujourd’hui dans notre Église les mêmes sortes de débats qu’il y a eu à l’époque de Jésus. Si un expert, laïc ou ordonné, sur un tel thème parle ou écrit sur ce thème, avec quelle autorité parle ou écrit-il (ou elle) ? Si un prêtre nous enseigne quelque chose dans une homélie, ou un évêque dans une lettre pastorale, ou le pape à travers une exhortation apostolique, une encyclique, et/ou une affirmation par exprès d’un dogme (là il est plus facile pour nous à y discerner l’autorité), jusqu’à quel point cet enseignement devrait-il être obéi et mis en pratique ? Ce sont des bonnes questions, et pour moi, qui a comme intérêt et métier d’étudier ces questions-là, elles sont d’ailleurs très fascinantes !

Cependant, connaître l’autorité relative de divers enseignements, documents, et même des lois religieuses, et de bien les suivre n’est pas tout ce qui est important pour être fidèles ; pour nous d’être bons catholiques. Parfois même une loi, comme celle du sabbat, est de moindre importance que d’autres réalités. Toute loi, d’une religion ou de l’état, est subordonnée et sert à la dignité de la vie et au bien de toute la création ou bien, si j’ose le dire, ce n’est soit pas une bonne loi, ou bien c’est une loi mal pratiquée. À mon avis c’est ça que Jésus est en train de nous enseigner par sa guérison de la femme dans notre Évangile.

La plus grande autorité de Jésus ne vient alors pas de ce qu’il enseignait par ses paroles ce jour-là dans la synagogue mais par ses actions de compassion et de guérison. Le sabbat ne sert à rien s’il fait obstacle à ces actions qui sont pour notre bien commun. L’enseignement, on pourrait dire, se fait plus efficacement par nos actions qui servent ce bien ; qui servent à la vie et à notre dignité fondamentale, donnée par Dieu, que par n’importe ce qu’on pourrait dire, écrire, ou codifier en loi.

L’enseignement est un œuvre à long-terme ; un œuvre de patience, surtout avec ceux et celles qui sont dans l’erreur ou le péché (nous tous, à moments données) ; un œuvre d’accompagnement et de formation de consciences et non pas d’exclusion. L’enseignement est l’action de nous guider vers Dieu, le source de tout enseignement qui sert à notre bien et à notre salut.

Homélie du mardi, 19 octobre 2017– Mémoire des Sts. Jean de Brébeuf, Isaac Jogues et leurs compagnons

Lectures du jour: Romains 3, 21-30; Psaume 129 (130), 1-2, 3-4, 5-6ab; Luc 11, 47-54

Jeudi de la 28ème semaine du temps ordinaire

Cette homélie fut donnée à  la chapelle de la Maison-Mère de la Congrégation de la Mission (Lazaristes), Paris, France.

This homily was given at the Congregation of the Mission (Vincentian) Motherhouse chapel, Paris, France.

Remarquons-nous comment on comprend souvent la justice comme étant mérité, bien qu’on exprime aussi souvent notre idéal d’une société juste comme une société égalitaire ? On l’a bien enraciné dans notre culture française cet idéal d’égalité, comme partie de la devise nationale, « liberté, égalité et fraternité » mais, si quelqu’un est puni pour une mauvaise action, on dit que cette personne a mérité d’être pénalisé pour son délit.

Pourtant, jusqu’à quel point la justice de Dieu est-elle similaire à nos idéaux de la justice ? On entend aujourd’hui, dans notre lecture de l’épître de St. Paul aux Romains, un peu le résumé bref de tout le programme de cette épître. Au niveau de la mérite, on a tous péché, dit St. Paul. On pourrait imaginer que, si on était soumis à un procès devant un tribunal, on serait tous trouvés coupables. On mérite tous alors la condamnation. Là, au moins, le sens de la justice de Dieu exprimé dans l’épître aux Romains est conforme à notre idéal égalitaire de la justice ! Cependant, Dieu ne nous condamne pas, mais Dieu envoie son fils, Jésus Christ, prendre notre place de condamnés à mort et alors nous sauver.

Comment cela peut-il se passer ? Cette manière de la justice de Dieu n’est pas du tout conforme avec notre idéal de justice basée sur le mérite ! La justice de Dieu, qui nous donne tous la chance d’être sauvés, est basée sur la miséricorde gratuite de Dieu et non directement sur nos bons œuvres (bien que tout ce qu’on fait de bon est aussi grâce à Dieu qui nous a créé pour ces œuvres ; qui nous a créés à aimer comme il nous aime).

Bien sûr, il nous est toujours possible de refuser cette justice miséricordieuse de Dieu, non-méritée de notre part. C’est ce que font librement les chefs religieux de l’époque de Jésus, qui entraînent un reproche fort de notre Seigneur envers eux : « Quel malheur pour vous ». La miséricorde de Dieu respectera toujours aussi notre liberté de la refuser.

Toutefois, penserons-nous peut-être à notre Parole de Dieu d’aujourd’hui, la prochaine fois où on est tenté de dire, au sujet de quelqu’un qui n’a pas reçu la justice, tant qu’on aurait voulu, qu’il ou elle a mérité ? Penserons-nous à comment Dieu conçoit de la justice, la prochaine fois où on réclame la justice, où l’on dit, « ce n’est pas juste », ou « là, la justice a été bien rendue », ou bien « cette conséquence a été bien mérité » ?

C’est grâce à la miséricorde de Dieu qu’on a été racheté de la condamnation juste pour notre péché. Cette miséricorde de Dieu fut manifestée sur la croix du Christ, le fils unique de Dieu condamné à mort à notre place. Cette miséricorde de Dieu dépasse toute notre imagination de ce qui est la justice, basée sur l’égalité ou le mérite ou d’autres valeurs temporelles. Grâce à cette miséricorde de Dieu — quelle merveille inattendue ! — qu’on est toujours libre d’accepter ou de refuser, bien qu’on soit tous coupables, tous pêcheurs, tous méritant la condamnation, le salut est toujours possible pour tou(te)s ceux et celles qui l’acceptent et y croient.